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Auteurs oubliés

Austin Hall : comment perdre six cents histoires ?

Il disait en avoir écrit plus de six cents. Un siècle plus tard, il faut déjà chercher pour retrouver le nom de leur auteur.

Illustration éditoriale de Austin Hall : comment perdre six cents histoires ?
PULPS · 1910–1930
Illustration éditoriale Archipel — évocation, et non document d’archive.

Austin Hall a un problème assez inhabituel pour un écrivain. Il n’a pas écrit trop peu. Il aurait écrit beaucoup trop.

Des centaines d’histoires, principalement des westerns, mais aussi de l’aventure, du fantastique et cette science-fiction encore jeune qui pouvait passer sans complexe d’un monde parallèle à une comète habitée. Et pourtant, demandez aujourd’hui qui était Austin Hall : il y a de fortes chances que personne ne réponde.

Six cents ?

Le chiffre est impressionnant. Hall affirmait avoir écrit plus de six cents récits au cours de sa carrière, principalement pour les magazines populaires américains. Nous n’avons aucune raison d’en faire une vérité comptable absolue : la documentation qui subsiste ne permet pas de reconstituer une telle production titre par titre.

Mais le chiffre lui-même raconte quelque chose. Austin Hall appartenait à un monde où un écrivain pouvait produire énormément, publier dans une succession de périodiques, être lu par des milliers de personnes… et laisser derrière lui relativement peu de livres.

Le support principal n’était pas nécessairement l’objet destiné à rester cinquante ans dans une bibliothèque. C’était le magazine. On l’achetait, on le lisait, on passait au suivant. Et le mois d’après, une nouvelle histoire venait déjà prendre la place de la précédente.

Être populaire n’est pas la même chose que durer

Une œuvre abondante ne garantit absolument pas une postérité abondante. Les récits publiés en périodiques peuvent ne jamais être repris en volume. Les collections deviennent incomplètes. Les titres changent. Certains textes restent éparpillés dans des numéros devenus rares.

Petit à petit, un auteur peut donc disparaître sans que quelqu’un ait décidé de l’effacer. Il suffit que plus personne ne republie ses histoires.

Et parmi les centaines que Hall disait avoir écrites, ce sont paradoxalement quelques textes appartenant aux littératures de l’imaginaire qui ont le mieux résisté.

Et puis il y a Weird Tales

En 1923, Le Peuple de la comète paraît en deux livraisons, en septembre et octobre, dans Weird Tales, une revue encore toute jeune.

Le mois suivant, quelque chose de précieux subsiste dans les pages du magazine : la voix de Hall lui-même. Dans une lettre adressée au rédacteur Edwin Baird, il parle de la revue, de sa présentation, de ses ventes en kiosque et de son plaisir à voir exister un magazine consacré à l’imagination.

Pendant quelques lignes, le nom poussiéreux d’une bibliographie redevient quelqu’un : un écrivain qui regarde les magazines en kiosque, se demande s’ils vont trouver leurs lecteurs et s’enthousiasme pour un espace où l’imagination peut aller un peu plus loin.

Peut-on réellement perdre six cents histoires ?

Probablement pas toutes. Certaines dorment sans doute encore dans des périodiques numérisés. D’autres ont pu être retrouvées mais rester inconnues du grand public. Certaines attributions restent peut-être à établir. Et il est possible que le fameux chiffre de six cents ait été arrondi ou amplifié.

Mais ce n’est finalement pas le plus important. Le véritable vertige est ailleurs : on peut être un écrivain professionnel, écrire pendant des années, être publié encore et encore… puis devenir presque invisible.

Pas parce que les livres ont brûlé. Simplement parce que personne ne les a transmis.

Le fantôme au fond de la malle

C’est pour cela qu’Austin Hall a sa place chez Archipel Fantastique. Pas parce que nous prétendrions exhumer toute une œuvre disparue. Et certainement pas parce que tout ce qu’il a écrit serait un chef-d’œuvre oublié.

Mais parce qu’un texte comme Le Peuple de la comète permet de rouvrir, très modestement, l’un de ces tiroirs. Derrière lui se trouve un auteur. Et derrière cet auteur, tout un monde de littérature populaire qui fut lu avec passion avant de devenir extrêmement fragile.

Austin Hall disait avoir écrit plus de six cents histoires. Nous n’en sauverons peut-être jamais le compte exact. Mais il suffit parfois d’en rouvrir une pour que l’auteur cesse, un instant, d’être oublié.

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