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Arthur Conan Doyle et les fées de Cottingley

Quand le créateur de Sherlock Holmes décida que les fées étaient peut-être bien réelles.

Illustration éditoriale de Arthur Conan Doyle et les fées de Cottingley
COTTINGLEY · 1917
Illustration éditoriale Archipel — évocation, et non document d’archive.

En 1917, dans le village anglais de Cottingley, deux jeunes cousines, Elsie Wright et Frances Griffiths, photographient ce qui semble être de petites fées dansant près d’elles.

Les images pourraient n’être qu’une plaisanterie familiale. Elles vont pourtant circuler dans les milieux théosophiques et finir entre les mains d’un homme dont le nom semble presque incompatible avec une telle histoire : Arthur Conan Doyle.

Doyle n’est pas Holmes

C’est probablement là que commence le véritable intérêt de l’affaire. Nous connaissons tellement Conan Doyle à travers Sherlock Holmes que nous finissons presque par lui prêter la personnalité de son personnage.

Holmes observe. Holmes doute. Holmes élimine l’impossible. Mais Conan Doyle n’est pas Sherlock Holmes.

À cette époque, l’écrivain affiche publiquement son adhésion au spiritualisme. Il est convaincu que la science finira par démontrer l’existence de réalités encore invisibles : survie de l’esprit, communication avec les morts et phénomènes que son temps range volontiers parmi les manifestations occultes. Les photographies de Cottingley arrivent donc devant un homme qui ne cherche pas seulement à savoir si elles sont truquées : elles rencontrent aussi quelqu’un qui pense déjà que notre perception du monde est incomplète.

Des photographies que l’on examine

Pour autant, Doyle ne se contente pas de regarder deux petites silhouettes ailées et de proclamer immédiatement l’existence des fées. Les photographies circulent, sont discutées et font l’objet de différents examens. Lorsque de nouvelles images sont demandées, des appareils et des plaques marquées sont même utilisés afin de détecter une éventuelle substitution.

Les vérifications ne révèlent pas le trucage. Et c’est ici que l’histoire devient particulièrement savoureuse : la supercherie est beaucoup plus simple que les méthodes employées pour la découvrir. Les fées sont des dessins découpés, maintenus notamment à l’aide d’épingles. Les enquêteurs cherchent une manipulation photographique sophistiquée alors que le truc se trouve devant l’objectif.

Doyle se convainc suffisamment pour publier dans The Strand Magazine, en 1920, un article consacré aux photographies. Deux ans plus tard paraît The Coming of the Fairies.

Une erreur, mais une erreur intéressante

Avec un siècle de recul, il serait facile de sourire. Doyle s’est trompé. Elsie et Frances finiront par reconnaître que les célèbres fées avaient été fabriquées.

Mais réduire l’histoire à « l’auteur de Sherlock Holmes s’est fait avoir » serait presque passer à côté de ce qu’elle révèle. Doyle possédait une formation scientifique. Il s’intéressait aux preuves, aux témoignages et aux expériences. Mais il possédait également des convictions profondes qui influençaient la manière dont il interprétait ces preuves.

Autrement dit, il pouvait être méthodique et se tromper. Ce qui, finalement, le rend beaucoup plus humain que Sherlock Holmes.

Le créateur et sa créature

Sherlock Holmes est une construction littéraire. Il peut être presque parfaitement rationnel parce que Conan Doyle contrôle à la fois l’énigme, les indices et sa résolution.

Son créateur, lui, devait affronter quelque chose de beaucoup plus difficile : le monde réel. Un monde où les faits sont incomplets, où les témoins peuvent mentir, où les experts peuvent se tromper et où chacun regarde aussi les preuves à travers ce qu’il espère — ou redoute — qu’elles signifient.

L’affaire des fées de Cottingley ne diminue donc pas Arthur Conan Doyle. Elle nous rappelle simplement qu’il était beaucoup plus étrange, contradictoire et passionnant que le détective auquel son nom reste attaché.

Arthur Conan Doyle inventa un homme qui doutait de tout. Lui avait choisi de croire que le monde pouvait contenir davantage que ce que l’on voyait.

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